Cérémonie avec M. le Préfet

Ce dimanche 19 juillet, l’étape Champagnole – Plateau de Solaison avait attiré beaucoup de monde au départ de la ville et le long de la RN5.

Cette étape coïncidait avec la journée nationale de commémoration à la mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites commis par l’Etat français et en hommage aux Justes de France.

Pierre-Emmanuel COLLIEX, Préfet du Jura, avait choisi de délocaliser la cérémonie habituellement célébrée à Lons-le-Saulnier, et avait sollicité le Maire de Ney au motif que sa commune avait abrité des citoyens reconnus Justes parmi les Nations. Ce titre est attribué par l’Etat d’Israël aux non juifs ayant sauvé des juifs pendant la période sombre durant laquelle les nazis ont développé leur entreprise démoniaque d’extermination. Ces crimes racistes et antisémites ont été relayé en France par le régime de Vichy collaborationniste, qui représentait à l’époque non pas la France résistante du Général de Gaulle, mais l’Etat français officiel. Il ne s’agit pas de s’autoflageller aujourd’hui, mais de reconnaître simplement que l’histoire de France n’est pas faite seulement d’actes glorieux, et qu’il faut veiller à ne pas conduire à nouveau le pays dans des voies sans issue capables de le perdre.

La cérémonie a eu lieu devant le Monument aux Morts, à une heure matinale en raison du Tour de France. Le Préfet du Jura est arrivé à neuf heure précises, donnant le coup d’envoi aux cinq clairons de Ney et environs qui accompagnèrent la mise en place du protocole. Prenaient place Marie-Christine Dalloz, Députée, Patrice Anthonioz, Maire de Ney, Rémy Hugon, Président de la Communauté de Communes Champagnole Noseroy Jura et Madame la Directrice départementale de la Police Nationale. Parmi les invités, le maire de Cize et les trois derniers maires de Ney.

Pierre Vouge, benjamin du Conseil Municipal et maître de cérémonie, annonça Paul Joseph au discours. Agé de cinq ans en 1943, celui-ci fut hébergé pendant trois semaines avec ses parents Franz et Erika chez Reine et Jules Delidais, dont la maison est aujourd’hui la propriété de Marie-Noëlle et Pascal Cattenoz, sur laquelle une plaque a été déposée en septembre 2024 pour rappel des faits. Agé aujourd’hui de 88 ans, M. Joseph est venu spécialement d’Amsterdam avec sa voiture pour témoigner, une nouvelle fois, dans le village de Ney qui l’avait accueilli avec sa famille.

Le Maire fit part du sentiment de fierté de la Commune, né le 22 septembre 2024, lorsque la médaille des Justes et le diplôme d’honneur associé furent remis à Michèle Montolivo Marseille, petite fille des Delidais, grâce au dossier constitué par Paul Joseph pour faire reconnaître ses sauveurs parmi les Justes de France. « Des gens ordinaires, qui avaient choisi l’humanité quand d’autres servaient la barbarie ». Le Maire rappela la position particulière de la Commune, située en zone libre, de l’autre côté de la ligne de démarcation la séparant de Champagnole, en zone occupée. Un réseau de passeurs s’était organisé pour conduire vers la liberté, partisans de la France Libre, résistants, malgré-nous, juifs et opprimés menacés.

Jules Delidais était l’un de ces héros, avec vraisemblablement pour nom de résistant Henri. Le passeur « Pozza » déposa la famille Joseph chez Delidais. Ils y restèrent trois semaines, logés, nourris, soignés, le temps que Jules organise leur fuite vers la Suisse, allant jusqu’à vendre des effets personnels pour faire réaliser des faux papiers, à Lyon où il se rendit lui-même, et pour régler les dépenses nécessaires en Haute Savoie, où il accompagna la famille jusqu’à la frontière.

Une belle histoire avec une fin heureuse que d’autres n’ont pas connue, telle Carry, l’épouse de Paul. Elle et sa sœur jumelle, enfants cachés loin d’ici, ont échappé à la mort, mais le reste de la famille a été déporté.

Tout se passait dans la discrétion absolue et on comprend pourquoi. Mais Paul a sorti du silence les Delidais, grâce aux notes de son père consignées dans des carnets avec le détail de leur parcours et du nom des personnes qui les ont aidés tout au long de leur épopée. Il est retourné sur leurs pas et a retrouvé les témoins et descendants de ces bonnes âmes qui leur ont permis de quitter la Hollande jusqu’en Suisse, en passant par la Belgique, la France et Ney en particulier. Il en a fait un film, diffusé partout aujourd’hui et notamment en Allemagne ou Paul fait de multiples conférences. Pour ce travail de mémoire il a été honoré le 22 juin dernier du titre de Chevalier de l’ordre du mérite par le Président de l’Allemagne.

Enfin, le Préfet du Jura prononçait le discours national d’Alice RUFO, Ministre déléguée près le Ministre des Armées et des Anciens Combattants. Après le dépôt de gerbes communale et de l’Etat, une minute de silence fut respectée avant que la Marseillaise ne retentisse, clôturant la cérémonie.

Le cortège des officiels et la foule, passant devant la maison Delidais et le square Jules et Reine Delidais, rejoignaient enfin le Briska pour un moment de convivialité apprécié.

Nul doute que l’on reproduira l’évènement pour une fois de plus écouter Paul, ou transmettre à son tour le message car, comme le disait Ellie Wiesel à Yad-Vashem, « Quiconque écoute un témoin devient lui-même un témoin ».

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