Jeannette s’est endormie à jamais

Jeanne POULET

Dite Jeannette

Née Chevassus

1931

2026

Jeannette est née le 27 juillet 1931 à Blois sur Seille, après trois garçons. Elle grandit heureuse à la ferme isolée du Chaumois Martin, perchée au-dessus de la reculée qu’elle dévalait en sabots remplis de paille, accompagnée de ses frères, pour se rendre à l’école.

L’ainé fut souvent son protecteur contre les deux plus jeunes qui s’associaient volontiers pour embêter leur sœur.

Elle se rappelait aussi que ses parents chantaient en trayant, mettant la musique au cœur du foyer. Au Chaumois, les réunions amicales et familiales étaient fréquentes, avec des repas plantureux préparés par sa mère dans une ambiance pleine d’éclats de rire.

Au Chaumois, il y eut comme ailleurs des périodes sombres difficiles à vivre. Son père s’était engagé pour la France libre et cachait couramment des jeunes en danger en attendant qu’ils puissent rejoindre le maquis. Maman ne comprenait pas tout de ce qui se passait mais ses souvenirs avaient gardé la trace d’un mélange d’angoisse et d’admiration.

Jeannette aurait pu continuer sa scolarité mais ses parents avaient préféré la garder auprès d’eux à la ferme, pour aider aux travaux agricoles et du ménage au foyer.

Elle n’hésitait pas le jeudi à enfourcher un vélo pour se rendre à Lons au marché, et le dimanche après-midi accompagnée de ses cousines du Fied, pour se rendre au bal animé par ses frères, Michel à l’accordéon, parfois assisté de Riquet.

Puis elle rencontra Robert le Conquérant, qui montait souvent sur le plateau, le fusil en bandoulière. Il rôdait autour de la ferme, attirée par la belle Jeannette, trompant la vigilance de ses parents grâce à son savoir-faire avec les chiens, qu’il avait rapidement apprivoisés afin qu’ils taisent leurs aboiements.

Ils se marièrent le 26 septembre 1951 au grand bonheur des parents et beaux-parents. La mariée allait nouer un lien fort avec sa belle-mère qui s’attacha à lui transmettre des talents de cuisinière. Elle rappela souvent d’elle qu’elle savait tout faire.

Jeannette suivit son fromager de mari d’abord à Collondon pendant 4 ans puis à Ney pendant une trentaine d’années, ce village où elle a tant aimé vivre. Elle l’aidait chaque jour à la production du comté.

Désireuse d’être moderne, elle passa le permis de conduire et installa rapidement le pantalon dans sa garde-robe.

Trois enfants agrandissaient le foyer tour à tour ou presque. Alain en 1956, puis Annick en 1961, puis Yves treize minutes plus tard, au grand dam du gynécologue qui pensa durant ce délai qu’il devait être une poche d’eau récalcitrante.

Elle allait ensuite accueillir avec ferveur sept petits-enfants auxquels elle apporta toute son attention, la garde lorsqu’on les lui confia, et bien sûr, gâteries et sucreries, saupoudrées d’une bonne dose d’amour.

Prête à rendre service, elle garda aussi quelques heures par semaine Hélène, la fille d’un de ses neveux, avant sa rentrée en maternelle.

Elle appliqua la même recette pour ses neuf arrières petits enfants qui complétèrent plus tard la famille.

Jeannette comme ses parents n’a jamais cessé de chanter, intégrant la chorale des Voix Amies la retraite venue. Elle fit aussi raisonner sa voix dans l’église locale avec la chorale de la paroisse.

En bonne maitresse de maison, elle égayait les lieux autant par les fleurs que par sa présence, recevant généreusement ses proches, ses amis, et les amis de ses proches qui débarquaient souvent à l’improviste, parfois à des heures inconvenables. Qu’importe, elle avait appris l’hospitalité et s’y employait avec plaisir.

Lorsque son deuxième fils fut atteint par la maladie, elle en fut très affectée mais puisa toutes les ressources dont elle disposait pour aider Yves autant qu’elle le put.

Les difficultés de santé de Robert l’avaient obligée aussi à réduire ses activités pour se consacrer à son mari. Elle cessa donc de chanter avec les voix amies et Robert partit en 2019.

Elle vécut seule et autonome dans sa maison jusqu’en septembre 2023, où la présence régulière d’auxiliaires de vie devint nécessaire en marge du soutien de ses enfants.

Courageuse, elle subissait plusieurs hospitalisations mais perdait en autonomie. Conscient de cette évidence elle décida de quitter sa maison pour l’Ehpad de Champagnole.

Grâce à l’ensemble du personnel, attentionné et compétent, la petite Jeanou comme l’appelaient les soignantes, a su trouver sa place, s’y est sentie apaisée et en sécurité.

Jeannette est partie en douceur comme son père l’avait fait, dans son sommeil.

Nous présentons ses enfants, Alain, Annick et Yves, à leur famille, nos sincères condoléances.

P. Anthonioz,  d’après l’éloge d’Annick

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