Disparition : Philippe Duval

Tchao Philippo !

Il était toujours partout mais ne sera plus nulle part, sauf dans nos mémoires. Tantôt pantin tantôt philosophe, il aimait faire le pitre. En famille, il aimait amuser la galerie, faisant le bonheur de ses neveux et nièces, puis, plus tard, ses petits neveux et nièces qui le lui rendaient bien. En public, il ne passait pas son tour non plus. Sur le jeu de quilles au coin des clos, à la kermesse rue de l’Eglise, aux fêtes des écoles, au stade lors des différentes manifestations locales, au Briska à l’occasion des divers évènements qui rythment la vie d’une commune.
« Le Philippo » faisait tant partie du décor que lorsqu’il arriva qu’il n’en soit pas, il y eut toujours un calin qui mentionna son absence.

Certes il avait parfois tendance à se répéter ou suivre des scénarios que l’on savait devoir se reproduire. Avec ses chaussures à bascule, il se disait tout de même d’équerre. Et il l’était d’un certain point de vue car il était somme toute assez droit. Sincère, honnête et franc, il exprimait ses idées sans détour et sans arrière-pensée. « Méfie-toi des Duval et des Cattenoz », disait-il souvent pour l’avoir lui-même jadis entendu. Mais tout le monde savait qu’il n’en était rien le concernant. Et lui-même avait une idée assez précise de ce que diraient les gens à son enterrement « il était quand même gentil ».

Philippe, début et fin de parcours compliqués.

En Décembre 1952, Marcelle Grandvuinet donne un fils à « Taton » alias Gaston Duval. Trois ans plus tard, sa cadette Elisabeth voit le jour. Vers cinq à six ans, le Docteur Billod préconise d’envoyer Philippe en cure à Hendaye pour tenter de contrecarrer une croissance difficile. C’est loin, et les parents à cette époque ne peuvent s’éloigner durablement de la ferme Lamy, celle qui surplombe le monument aux morts et où la fratrie vivra ses jeunes années. Il restera un an dans les Pyrénées, éloigné de sa maman, son père et sa petite sœur, ne recevant pour seule visite que celle de l’abbé Ranfer profitant d’un pèlerinage à Lourdes pour faire le détour. A son retour à Ney, il retrouve son foyer, non pas tel qu’il était en partant mais agrandi. Une nouvelle petite sœur est arrivée pendant son absence. Il découvre ainsi celle qu’au village on surnommera « Majo ». Bouleversant pour un môme, qui tant bien que mal, filera vers l’adolescence, partagé entre les travaux de la ferme et les échappées fréquentes chez Chauvin, l’actuel atelier de Valérie Duval, d’où tantôt Majo tantôt Zabeth venait l’extraire régulièrement, sur délégation de maman dès qu’elle avait finit de traire ou sur ordre du papa, dont la perte en 1988 après une longue maladie le marquera durablement.

A seize ans, après avoir suivi une formation de menuisier, il débute sa carrière à la Pèle, chez Anthonioz Frères, entreprise de meubles dirigée par Roland Anthonioz, dont le caractère trempé pouvait en effrayer plus d’un, même s’il était en réalité un bon samaritain pourvoyeur d’emploi pour de nombreux jeunes calins. Il travaillera aussi chez Gindre Charpente, Meige, puis chez Guillermoz charpente jusqu’à sa fermeture, avant de retourner au meuble chez Grandvuinet-Cattenoz, dans la famille de sa maman. De là, il prendra sa retraite et continuera un certain temps à bricoler, alternant avec les sorties au bois et la cueillette des champignons, une passion exercée depuis longtemps dans le plus grand secret, du moins concernant l’emplacement des taches de morilles et autres chanterelles.

Il vivait dans la maison familiale, chemin de la Reculée, avec sa maman, attentive et aux petits soins jusqu’en 2017, lorsqu’elle rejoignit l’Ehpad de Champagnole. Philippe entama une nouvelle vie, plus seul que jamais malgré les visites régulières de ses sœurs, notamment Majo toute proche. Marqué Physiquement par la Covid qui avait failli l’emporter en 2021 comme sa maman en 2020, mais contre laquelle il avait remporté son combat à l’issue de nombreuses semaines, il a finalement décidé en ce samedi trois septembre que le temps était venu de tirer sa révérence.

Nos condoléances à toute la famille.

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